JAZZMAN
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En associant guitare électrique et piano
Rhodes, le guitariste Gérard Curbillon
et le pianiste Alain Jean-Marie abordent une combinaison
originale, même si elle n'est pas totalement
inédite depuis le très bel album
"We'll Be Together Again" gravé
en 1976 par Pat Martino et Gil Goldstein. Dès
les premières notes, les musiciens se cherchent
et se trouvent (les aigus du Fender, les graves
de la guitare) pour dessiner les contours d'un
Visage avec une élégance mélodique
et une équilibre musical dont ils ne se
départiront plus tout au long de leur rencontre.
La thématique comprend six compositions
originales de Gérard Curbillon, d'une belle
variété de climats, et trois des
plus beaux standards du répertoire : Old
Folks, What's New pris judicieusement sur
tempo medium et My One and Only Love interprété
en solo par le guitariste donc les nuances de
toucher, la subtilité des progressions
harmoniques et l'inventivité des choruses
seront pour beaucoup une révélation.
Pour Alain Jean-Marie, la partie s'avérait
périlleuse, guetté qu'il était
par le piège d'une pure transposition du
jeu acoustique sur l'instrument éléctrique,
écueil que peu de claviéristes ont
su éviter. Il s'en tire remarquablement
en respectant la dynamique propre du Fender Rhodes
et en exploitant le large spectre de couleurs
offert par l'instrument. Bien plus, ses qualités
reconnues (concisions, science harmonique et sens
de la construction) trouvent ici une forme d'expression
nouvelle. Au total, qu'il s'agisse de pièces
recueillies, intimistes (Dany, Tommy) ou
plus enjouées (Atypique, Thomas Bossa),
ce dialogue reflète une complicité
perpétuellement lumineuse, une justesse
dans l'échange qui se conforterait en s'exposant.
Comme une définition suprême du feeling...
Stéphane Carini
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JAZZ MAGAZINE
DISQUE D'ÉMOI
Si d'aucuns se précipitent parfois en studio avant même de savoir ce qu'ils vont enregistrer, Gérard Curbillon, lui, aura su patienter une trentaine d'années avant de s'offrir ce premier disque "personnel". Et le moins qu'on puisse penser à l'écoute de ce recueil de ballades enregistrées à quatre mains avec Alain Jean-Marie, c'est que le temps passé à jouer pour et avec les autres lui aura donné raison. Ici : quarante et une minutes de musique répartie-condensée entre originaux (six) et standards (trois), autant de moment où guitariste et pianiste semblent préférer les silences à la surenchère mélodique, l'évocation à l'exposé didactique, la fluidité aux ruptures. Ça chante (Visage, Tommy), c'est parfois dansant (Atypique), toujours proche en tous cas d'un swing à la légèreté captivante. Aux dires du leader (dont il n'est point besoin d'avoir fait une analyse musicologique approfondie du jeu pour y déceler l'influence d'un certain Kenny Burrell), "My One And Only Love" a été enregistré dans les conditions du direct, en quelques heures : n'est-ce pas au fond ainsi lorsqu'il est saisi en plein vol, que le jazz se révèle, paradoxalement, le plus pertinemment insaisissable ? Au regard de ce disque, cela se vérifie amplement et c'est, comme qui dirait, une excellente nouvelle !
Jérôme Plasseraud
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TELERAMA
un événement f f f f
On se rappelle le mot terrible de Nietzsche : "Méfions-nous des gens modestes, ils ont des raisons de l'être."
Le guitariste Gérard Curbillon n'en a aucune. Mettons donc sur le compte de sa sagacité le fait que, depuis trente ans qu'il accompagne toutes sortes d'artistes en studio, il n'a jamais jusqu'ici enregistré de disque sous son nom. S'estimait-il trop influencé par Kenny Burrell ? A-t-il attendu que les disques de son maître se fassent plus rares pour donner à entendre un style d'une parfaite lisibilité, quand s'éclatent partout les guitares prolixes?
Décisive a été sans doute la rencontre avec Alain Jean-Marie autour du Fender Rhodes. L'alliage de la guitare électrique et du piano électrique est périlleuse : les fréquences sont proches et tendent à se brouiller. Jean-Marie ne transpose pas au Fender son "comping" de piano, il distribue les accords autrement, comme un jeu de cartes, les renverse de telle sorte que le jeu limpide de Curbillon est accompagné par de constants gestes de tendresse. Six thèmes originaux du guitariste, trois ballades très connues, composent un disque parfait dans son émotion retenue.
Michel Contat
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LIBÉRATION
Il n'avait jamais enregistré sous son nom. Guitariste né à l'ère yé-yé, prématurément intoxiqué par le Mersey Beat, Gérard Curbillon, connu dans l'univers de la six cordes pour sa participation au Trio Impulsion (Sacha Distel/Frédéric Sylvestre), aura attendu de fêter son cinquante-troisième anniversaire pour accoler enfin son patronyme à celui du pianiste Alain Jean-Marie sur le livret d'un CD. Beau disque en vérité, paisible, intimiste, conséquence de l'association symbiotique entre un expert du manche obsédé par la finesse du toucher (influences : Grant Green, Pat Martino...) et la sonorité moelleuse du Fender-Rhodes exceptionnellement utilisé par son comparse, habituellement hostile à l'électricité. Le tout mis au service non pas d'une poignée de standards aimablement dévidés, mais d'une demi-douzaine de compositions originales soignées, comme ce Thomas bossa à dédicace carioca-dynastique. Car le Thomas dont il est question "bossa" tellement, dit-on, qu'il est en passe de devenir aussi fin médiator que son modèle de père.
Serge Loupien
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